L'histoire du caftan marocain, de la cour royale au souk

Des dynasties andalouses aux ateliers de Fès et de Marrakech : brève histoire du caftan marocain, de ses origines de cour à la pièce vivante que l'on porte aujourd'hui.

Le caftan est l’un des rares vêtements au monde à être passé, presque sans rupture, de la cour royale à la rue, puis de la rue à la scène internationale, en gardant à chaque étape sa silhouette d’origine : une longue tunique droite, ouverte au col, tombant jusqu’aux pieds.

Une origine de cour

Le mot caftan voyage depuis la Perse et l’Empire ottoman, où il désigne une robe d’apparat portée par les hommes de pouvoir. Il arrive au Maroc par l’Andalousie musulmane et par les échanges méditerranéens. Dès le XVIe siècle, sous les Saadiens, on le trouve à la cour de Marrakech : porté par les dignitaires, offert en cadeau diplomatique, taillé dans des soies importées et brodé de fils précieux.

À cette époque, le caftan est un marqueur de rang. La couleur, la richesse de la broderie, la présence d’or filé disent la place de celui ou celle qui le porte.

Fès, Tétouan, Rabat : les écoles de broderie

Au fil des siècles, des villes se spécialisent. Fès développe une broderie dense et géométrique, le tarz fassi. Tétouan, marquée par l’héritage andalou, travaille des motifs floraux fins. Rabat est réputée pour ses broderies au fil de soie polychrome. Salé et Meknès ont aussi leurs mains et leurs points.

Ces écoles existent encore. Quand un atelier dit poser une broderie « fassie » ou « rbatie », il désigne une grammaire de motifs et une manière de tenir l’aiguille transmises d’une brodeuse à l’autre.

Le passage à la ville

À mesure que les soies deviennent plus accessibles, le caftan quitte la seule sphère de la cour. Les familles citadines aisées l’adoptent pour les mariages et les grandes fêtes. La takchita — le caftan ouvragé porté sur une robe simple et fermé d’une ceinture — se fixe comme la tenue de la mariée.

Le souk joue ici son rôle : c’est là que se vend le tissu au coudée, que se négocie la sfifa, que se trouvent les mâalems. Beaucoup de maisons de caftan d’aujourd’hui, dont la nôtre, sont nées d’un comptoir dans ces ruelles.

Le XXe siècle et la scène internationale

Dans la seconde moitié du XXe siècle, le caftan attire les couturiers étrangers de passage à Marrakech et Tanger. Il entre dans les garde-robes européennes comme robe d’hôtesse, puis revient, transformé, dans la haute couture marocaine contemporaine. Des créateurs marocains en font une pièce de défilé, jouant sur les volumes, les découpes, les matières, sans jamais abandonner la ligne droite d’origine.

Aujourd’hui : une pièce vivante

Ce qui frappe, c’est la continuité. Le caftan que l’on coud aujourd’hui à Marrakech a la même structure que celui de la cour saadienne : mêmes proportions, même ouverture au col, même logique de sfifa et de boutons. Ce qui a changé, ce sont les tissus disponibles, la vitesse d’exécution, et le fait qu’une cliente de Casablanca, de Paris ou de Dubaï puisse commander à distance.

Mais la pièce reste ce qu’elle a toujours été : un vêtement que l’on fait faire, que l’on garde, et que l’on transmet. C’est cette histoire-là que nous racontons dans La Maison.

Pour comprendre le vocabulaire (caftan, takchita, jellaba…), lisez notre lexique.

La Maison Tazi

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